Chiffres bruts : plus de cent millions de téléchargements pour Waze sur Android, une base d’utilisateurs qui façonne quotidiennement son propre outil de navigation. Mais derrière l’apparente générosité de l’application, un modèle commercial bien huilé s’impose, où la gratuité s’accompagne d’une collecte de données au cordeau et d’une logique marchande pleinement assumée.
- Les analyses manuelles, comme celle-ci, se concentrent sur la version de l’application testée à un moment donné : elles dépeignent donc une situation qui peut évoluer rapidement.
- Pour accéder aux derniers rapports de test sur plus de 30 000 applications Android, le service AppChecker compile les données depuis octobre 2020.
- Waze obtient une bonne note sur AppChecker, car l’application limite ses transmissions de données à l’opérateur et à une partie tierce. Les lignes qui suivent questionnent en profondeur le modèle économique et la politique de confidentialité de Waze (données de 2018).
C’est Waze.
Chez Waze, les utilisateurs ne sont pas de simples passagers : ils bâtissent la colonne vertébrale du service en générant l’essentiel des données spatiales. Qu’il s’agisse d’actualiser une carte ou de signaler un accident, leur participation façonne chaque détour et chaque raccourci.
Cependant, la propriété des contenus générés par la communauté revient intégralement à Waze Mobile Ltd., rattachée au géant Google depuis 2013. Difficile de parler d’un projet associatif : le service fonctionne avant tout sur une logique de rentabilité.
Outre la navigation, Waze propose des infos trafic en temps réel, permet aux utilisateurs d’échanger entre eux, et insère de la publicité ainsi que du contenu cartographique sponsorisé (comme des épingles pour restaurants). Le service complémentaire Waze Carpool s’inscrit lui aussi dans cette dynamique payante.
Autrefois ouvert à tous les regards avec un code source accessible, le logiciel a fermé ses portes à l’audit externe depuis la version 3.x. Transparence de façade, verrouillage en coulisses.
Disponible gratuitement sur iPhone et Android, Waze ne prévoit pas d’utilisation hors connexion. Son compteur de téléchargements sur Google Play dépasse les 100 millions, un chiffre qui en dit long sur sa popularité.
À noter : l’analyse du transfert de données n’a pas pu être menée ici, en raison d’un chiffrement particulièrement robuste. Les informations partagées ci-dessous reposent donc sur la documentation officielle de Waze, notamment sa politique de confidentialité.
Waze stocke les données de localisation
Impossible d’utiliser Waze sans autoriser l’accès à la position : le service collecte et conserve en continu vos trajets et emplacements jusqu’à suppression du compte. L’historique des déplacements reste accessible depuis votre espace utilisateur ; aucune option ne permet de désactiver cette trace.
En comparaison, Google Maps offre au moins la possibilité de refuser la conservation permanente des données de localisation via le compte Google. Chez Waze, ce choix n’existe pas.
Toutes les données récoltées, géolocalisation, informations utilisateur, servent à enrichir les cartes, analyser la circulation, détecter d’éventuels abus des conditions d’utilisation ou, sous réserve d’accord, pour des usages publicitaires.
Confier le suivi de ses mouvements quotidiens à un acteur en ligne n’est jamais anodin. Les autorités peuvent exiger la communication de ces informations, et le piratage n’est jamais exclu.
Paramètres et confidentialité
Installer Waze équivaut à créer automatiquement un compte utilisateur, même sans choisir de pseudonyme. L’application attribue alors un identifiant unique à votre appareil, le plus souvent l’ID Android, même si le détail n’est pas explicitement communiqué.
D’après la politique de confidentialité, chaque action réalisée dans l’application, publications, modifications, signalements, est enregistrée et associée à ce compte.
Par défaut, votre profil (nom et image) est visible sur la carte lorsque vous vous trouvez à proximité d’autres utilisateurs. Sans nom personnalisé, l’avatar s’affiche simplement sous « Wazer ». Il reste possible de masquer sa présence aux autres.
Au lancement, Waze détaille les données collectées et requiert un consentement conforme à la loi. La collecte de géolocalisation hors utilisation de l’application, tout comme l’affichage de publicités personnalisées, ne s’enclenchent qu’après accord explicite.
Waze collabore avec des réseaux publicitaires et services d’analyse, partageant notamment l’identifiant publicitaire Android. Sont cités, entre autres, le réseau Doubleclick (Google) et le service d’analyse AppsFlyer.
L’application exploite également les informations stockées par les sociétés affiliées et entités du groupe Google pour optimiser ses propres publicités ciblées.
D’où viennent les cartes ?
Le principe fondateur du service : chaque utilisateur, en utilisant Waze, transmet en continu ses données géographiques vers la base centrale. C’est cette stratégie participative qui a permis au service de constituer sa propre cartographie mondiale.
À ses débuts, Waze s’appuyait sur des ensembles de données publics rudimentaires, comme l’enregistrement TIGER aux États-Unis. Depuis, la base s’est étoffée grâce aux contributions actives des utilisateurs, qui peuvent signaler des incidents, corriger les cartes ou remonter des informations sur la circulation.
Toutes les données générées par la communauté deviennent la propriété exclusive de Waze. Contrairement à des projets ouverts comme OpenStreetMap, ces jeux de données ne sont jamais mis à disposition gratuitement. Les informations de trafic en temps réel, elles, viennent désormais nourrir aussi Google Maps.
Notre verdict
Waze se présente comme un projet collectif, mais la réalité est bien moins naïve. L’application enregistre et conserve l’emplacement de manière systématique, dessinant à terme un véritable journal de vos déplacements. La transparence sur la collecte et l’usage de ces données reste cependant respectée d’un point de vue légal.
Celles et ceux qui souhaitent contribuer à l’amélioration des cartes sans sacrifier leur vie privée préféreront peut-être le modèle ouvert et collaboratif d’OpenStreetMap. L’application Magic Earth, conçue sur cette base, se distingue par son respect accru des données personnelles.
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